La chevalerie arthurienne
Danielle Quéruel
Les chevaliers de la Table ronde
Dans l'imaginaire du Moyen Âge, les chevaliers de la Table ronde portent en eux toute une part de rêves et de légendes. C'est cet imaginaire, venu de récits celtiques anciens, qui a donné paradoxalement à la littérature romanesque française ses premières lettres de noblesse : les chevaliers arthuriens sont devenus les héros des premiers romans écrits en langue française dans la seconde moitié du XIIe siècle. En inventant le roman de chevalerie dans les années 1170, Chrétien de Troyes donne un "sens" à cette "matière de Bretagne" : il justifie les exploits des chevaliers en proposant une éthique faite de mesure et de charité. Peintre de caractères autant que moraliste, il donne à ses récits une véritable profondeur psychologique, et démontre que, d'épreuve en épreuve, les héros se dépassent. Erec, Cligès, Yvain, Lancelot, Perceval illustrent cet idéal chevaleresque fait de prouesse et d'honneur. De roman en roman, ces chevaliers partent à la recherche d'aventures exceptionnelles. Leurs exploits rejaillent sur la cour arthurienne et lui assure joie et prestige.
Tout au long du XIIIe siècle, la littérature arthurienne se développe ensuite en fonction d'un jeu complexe de réécritures successives qui aboutit à la production d'un ensemble foisonnant de textes, d'une longueur extraordinaire, sans cesse complété, enrichi, passant des vers à la prose et surtout de plus en plus tiré vers une interprétation chrétienne.
Les récits sortis de la mythologie celtique sont à cette époque confrontés à une réflexion mystique sur l'existence et la justification de l'ordre de la Chevalerie : le chevalier devient alors un "soldat de Dieu".
La Table ronde : un idéal chevaleresque
L’invention de la Table ronde est le symbole même de l’idéal de la royauté arthurienne et de la reconnaissance de la chevalerie. En privilégiant ce motif, les auteurs arthuriens rappellent ainsi l’origine ancienne et merveilleuse de la royauté d’Arthur. Selon Wace, il s’agit pour le roi de prévenir toute querelle de préséance entre des chevaliers prêts à s’emporter et à se disputer la première place. La Table ronde institue une relation d‘égalité entre eux, mais aussi entre le roi et la communauté des chevaliers puisque aucune place n’est plus importante qu’une autre autour de cette table. Selon les textes le nombre des places varie : de douze pour Robert de Boron – sans doute influencé par le souvenir de la Cène – jusqu'à 1600 pour Layamon au début du XIIIe siècle ! La Table ronde perpétue l’usage ancien celte selon lequel les guerriers étaient assis autour du roi ; mais les auteurs médiévaux se plaisent à lui donner un caractère universel en expliquant que la table est ronde parce qu’elle signifie la rotondité du monde. Les chevaliers de la Table ronde ont pour mission de rendre à la terre sa prospérité, de faire cesser les enchantements ou les injustices ; la Table ronde devient à elle seule l’expression la plus haute de l’idéal chevaleresque.
En quête de valeurs spirituelles
D'abord organisée sur le modèle féodal, l'institution de la Table ronde prend sa véritable signification lorsque les chevaliers sont lancés vers la quête de valeurs spirituelles. L'aventure du Graal en est la plus belle illustration. Le but de cette quête, c'est de parvenir à une forme de perfection morale et spirituelle, de renoncer aux valeurs mondaines et d'être parmi les élus qui rejoindront Dieu lors du Jugement Dernier. La chevalerie mondaine s'avère insuffisante pour apporter la paix et le bonheur au monde, et le héros de la Table ronde dans cette littérature médiévale tend à devenir un saint ; seul Galaad, admirable création des clercs du XIIIe siècle, y parviendra et, prédestiné entre tous les autres chevaliers, trouvera le Graal.




